dimanche 20 septembre 2020
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Le règne de la loi du désordre

En quoi consiste le rôle de l’Etat si ce n’est d’améliorer le quotidien des citoyens et leur offrir un espace commun où il fait bon vivre ? Théoriquement, toute action politique quelle qu’elle soit doit être recentrée sur le citoyen et l’amélioration de son quotidien. L’Etat, fort de ses législations et de sa légitimité à user de son pouvoir coercitif, est le seul garant de la stabilité sociale et l’unique rempart contre les abus qui viennent ébranler cette vocation. Mais quand ce dernier s’obstine à occulter les infractions et dépassements de tous genres sans réagir dare-dare ni y faire front avec véhémence, il devient, dans l’esprit du plus commun des quidams, démissionnaire. Pis, complice aux yeux des plus avertis. En Tunisie, les politiciens de tous bords ne semblent pas se soucier de ce mal qui ronge notre société et rend la vie insupportable à bon nombre de nos concitoyens qu’on ne sait plus comment les qualifier, de victimes ou de coupables. On ne compte plus les actes d’incivilité que nous constatons tous les jours dans nos villes et sur nos routes et qu’on a merveilleusement exporté vers l’espace virtuel qui ne désemplit pas d’utilisateurs où l’on compte plus de sept millions de comptes Facebook en Tunisie. On ne peut se pencher à traiter ce phénomène en faisant fi du contexte politique tumultueux qui règne dans le pays depuis près d’une décennie. La myriade de gouvernements qui se sont succédés et les centaines de députés qui se sont relayés sur trois assemblées aussi incommodante l’une que l’autre, laissant derrière eux une crue d’illusions perdues et ne faisant qu’accroître le désenchantement envers toute la classe politique. Quand la Révolution improprement appelée du « Jasmin » s’est pointée, tout le monde était porté par l’espoir de se faire asperger par ses fragrantes senteurs. Mais c’est le contraire qui est advenu. De ses entrailles, ont surgi des émanations fétides à la puanteur des immondices qui jonchent tous les coins de rues. Déchets, ordures et détritus ont infligé une profanation supplémentaire à un paysage urbain déjà maculé par les étals anarchiques, l’appropriation des trottoirs et de la chaussée et la laideur des constructions inachevées. Aujourd’hui, pour un automobiliste soucieux du respect du code de la route, prendre son volant et rouler dans les rues de Tunis ressemble à un vrai chemin de croix à en sortir un Schumacher ou un Lewis Hamilton de ses gonds. Plus personne ne s’offusque des incartades à foison des goujats de la route ni des concerts d’injures à tue-tête dans les bouchons pendant les heures de pointe tellement ils sont rentrés dans le registre des banalités du quotidien. Comment peut-on appliquer rigoureusement la loi alors que l’exception- les contrevenants- a supplanté la règle ? Même les radars qui, autrefois, arboraient les terre-pleins centraux de nos routes, ont abdiqué face à la « loi » implacable du désordre pour se réduire à de simples épouvantails.

Au demeurant, la rigueur s’invite comme par miracle à ce capharnaüm pour nous montrer que l’espoir est toujours permis. Elle est admirablement portée par les agents des camions de remorquage qui nous épatent par leur conscience professionnelle et leur détermination sans faille à appliquer scrupuleusement la loi. L’on se demande pourquoi le reste de nos agents et fonctionnaires n’emboîteront le pas à ces valeureux employés qui n’agissent que par devoir citoyen ? Légalisez l’extorsion et vous verrez bien. Dirait-on ! Dix ans après de longs balbutiements, la démocratie tant attendue et louée, n’a livré qu’une pâle copie pour se réduire à un show électoral sur fond de côteries et clientélisme pour se partager le gâteau et une arène où la seule liberté qui prévaut est celle de se chamailler, s’invectiver et comploter sans scrupule. Une démocratie qui abhorre les laïus et s’accommode des discours qui pointent, sans détour, les tares de la société à l’instar de ce que faisait Bourguiba à son apogée dont certains de ses speech emblématiques circulent d’une manière virale vingt ans après sa mort. Toute action politique n’est jugée que par les résultats qu’elle engendre, dit-on. Mais au point où les incivilités sévissent sous nos cieux, tout porte à croire que la démocratie, à la sauce tunisienne, n’est que leur roboratif.

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