lundi 25 mars 2019
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Dans le marigot des crocodiles

Par Zouhair BEN JEMAA

Qu’importe les conséquences pour la nation, il fallait que le ministre de la santé soit évincé ! Il aura fallu des montagnes de haine, de mensonges pour venir à bout de ce polytechnicien dont la première erreur aura été sa fidélité sans failles à son mentor, il n’a pas retenu qu’en politique, la fidélité n’est pas toujours payante. Saïd AIDI est venu avec la ferme intension de donner un bon coup de pieds dans la fourmilière du secteur de la santé. Il a été mis en garde contre les lobbies du mal, les systèmes mafieux qui sévissent dans le secteur, les privilèges qui s’octroient grâce aux copinages ! Son premier combat dans l’arène, fût celui du CHU de SFAX, un vrai panier à crabes dont les comptes n’ont pas pu être certifiés pendant près d’une décade, appréciez le décor. Un état dans l’état, avec des portes interdites d’accès aux responsables, des magouilles de sans foi ni loi, des passe-droits institutionnalisés au point que les scientifiques qui étaient sensés diriger l’établissement ne pouvaient plus travailler dans la dignité requise… Un médecin militaire y a été affecté, et ceci n’était pas du goût du syndicat qui voulait rappeler au ministre que les décisions n’étaient pas de son seul ressort. S’en suivirent plusieurs épisodes d’un feuilleton qui n’est pas prêt de sa fin ! Malgré cela, le Directeur Général, bien qu’interdit d’accès à son bureau, a réussi à réorganiser ses services en réaménageant et en rééquipant le bloc opératoire de son CHU avec un budget de 2 millions de dinars ; il a équipé le CHU d’un appareil de radiologie numérique qui est déjà fonctionnel ; il a réorganisé la pharmacie et mis en place le système DJIN pour une meilleure gestion, il a été parmi les premiers CHU à mettre en place ce système ; il a également installé une nouvelle échographie dans le service de radiologie. Monsieur Chokri TOUNSI est un médecin compétent et sa citoyenneté ne peut en aucun cas être mise en cause.

Saïd AIDI de son côté, a lancé plusieurs chantiers après s’être réconcilié avec le Dialogue Sociétal, devenu son allié. En face du ministre devenu gêneur jusqu’à soif, la machine aux accusations fantaisistes s’est mise à tourner à plein régime. Le mentir vrai, ce nouvel art de la communication, s’est installé avec un déferlement d’invectives, de bras de fer, de mensonges de la part des détracteurs qui ne se sont pas gênés pour flétrir l’honneur du ministre et celui de sa famille ; ils ont versé dans l’abjecte au nom, s’il vous plaît, des principes. Quand on ne respecte plus les institutions, ni ceux qui les incarnent, quand le chef de son propre gouvernement ne daigne même pas s’élever contre cette atteinte à l’honneur, quand le propre parti du ministre ne proteste pas contre ces comportements indignes, alors il ne faut plus s’étonner de voir s’installer dans le pays une radicalité oppositionnelle qui fait fi des intérêts du pays devenu orphelin de ses patriotes, et de relever cette forme abjecte de la politique avec son adjuvant : l’hypocrisie ! L’objectif de ces gueulards de la destruction reste la paralysie des réformes ! On dissimule, on réduit au silence, on ment, on compose avec le diable, tout est bon pour discréditer celui qui a osé toucher aux intérêts des privilégiés.

Devant ce mur de problèmes, devant une corruption endémique, devant une gabegie ambiante, il a fallu faire des choix pour ne pas laisser l’avantage aux adversaires, et des choses ont été faites ! Nul ne pourra nier les réalisations de ce breton tunisien Saïd AIDI :

  • Le budget des médicaments des maladies chroniques a été multiplié par deux, ceci a fortement soulagé la première ligne.
  • L’enquête sur l’hépatite C s’est achevée, le budget pour les soins a été voté, et 5000 patients sont en cours de recevoir leurs soins faisant de la Tunisie l’un des premiers pays à avoir visé l’éradication de cette épidémie.
  • L’épineux problème des spécialistes dans les régions défavorisées a enfin vu un début sérieux de solutions permettant à certains hôpitaux de renouer avec le bénéfice après des difficultés financières qui n’ont que trop duré.
  • Un réel renforcement des moyens de contrôle dans le secteur des médicaments a été mis en place gênant ainsi tous les trafiquants de service.
  • Un plan blanc a été mis en place pour faire face aux situations difficiles comme les attentas, les accidents graves, les catastrophes, les flux de réfugiés…
  • La mise en place d’une cellule de suivi des maladies mentales a permis la publication des résultats de la première enquête sur les suicides jamais réalisée.
  • La transformation de certains services d’hôpitaux régionaux en services hospitalo-universitaires.
  • La création de clubs de santé dans les écoles a permis à des médecins bénévoles de sensibiliser les élèves, deux heures par semaine, sur les sujets qui touchent à la santé.

Alors qu’un pessimisme actif faisait bouger les lignes, les médias ont brillé par leur passivité, en privilégiant le scandale à l’information. Pourtant le topo était simple à comprendre ? On cherche à éliminer un ministre, on n’hésite pas à livrer à la vindicte populaire toute une profession, on anéantit le moral des citoyens, pendant que les nouveaux barons de la politique soucieux de leurs propres intérêts manœuvrent en sous main, et les médias, quand ils ne sont pas de la fête, ne font aucun effort pour faire de vraies enquêtes sur la corruption, la malversation, la contrebande et l’incivilité ! La profession n’en peut plus d’être accusée de tous les maux. Les médecins de la fonction publique en particulier, et dans leur très grande majorité, tiennent divinement bien la médecine sur leurs épaules malgré des conditions difficiles ! Bien sûr, il y a des médecins sans conscience, mais devons nous généraliser et salir l’image de notre médecine à l’intérieur comme à l’extérieur et contribuer au retardement des réformes tant nécessaires ?

Le ministre Saïd AIDI, part on le sait, en laissant derrière lui un chapelet d’ennemis, et un marigot politique peuplé de crocodiles affamés ; la bataille est désormais entre les intègres et les défenseurs de l’Etat de non droit ! Et nous voilà bien inspirés de rappeler la déclaration de Clémenceau d’il y a plus d’un siècle : « Rien ne peut se modifier, rien ne peut se créer si l’ordre légal n’est pas maintenu ». Ceux qui considèrent Saïd AIDI comme mort politiquement, seront déçus de le revoir renaitre de ses cendres, car il est tout simplement un patriote jusqu’à la moelle !

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A propos de Zouhair BEN JEMAA

Expert en art culinaire et en hôtellerie. Actif de la société civile dans le domaine de la santé. Chroniqueur et écrivain.

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