jeudi 6 août 2020
Accueil / Société / Santé publique : Volonté et action… Sinon, enterrement…

Santé publique : Volonté et action… Sinon, enterrement…

Par Zouhair BEN JEMAA

Pour certains, la santé publique est cliniquement morte, pour d’autres, elle serait agonisante, mais personne ne parle d’espoir ! Nos médecins dans le secteur public sont à bout de nerfs et tout près de craquer. Parler de PPP (partenariat public privé) dans ces conditions est un non sens, car il est indispensable de mettre le secteur public à niveau avant toute démarche. Pour toute clinique privée, le ministère de la santé impose un cahier des charges draconien, alors qu’il n’en existe aucun pour les établissements publics de Santé, cherchez l’erreur ! Les Tunisiens se soignent à 80 % dans le secteur public, pour seulement 20 % dans le privé ; sur un autre plan, 70 % du parc d’équipements lourds est installé dans le privé ; la CNAM rembourse 80 % de ses ressources au secteur privé, contre seulement 20 % pour le public ; et pour finir, 50 % des ressources humaines médicales exercent dans le secteur privé, voici la réalité ! Entre temps, il y a tous les jours plus de pauvres, et il y a toujours et encore des déséquilibres régionaux ! Il n’y a pas besoin de lois pour instaurer la décentralisation, mais il y a juste besoin de volonté et de courage,  la loi sur le Conseil National et le Conseil Régional de la Santé existe bien déjà, un simple décret la mettrait en musique, seulement voilà… Il n’y a pas besoin de plus de facultés de médecine quand on sort 1000 médecins par an, mais il y a un urgent besoin de donner à nos quatre facultés existantes et à nos CHU plus de moyens techniques et matériels  pour améliorer la qualité de l’enseignement, de la formation pratique, et de la recherche dont nous sommes presque exclus à l’heure actuelle !

Peut-on parler sérieusement de traitement d’attaque et de réflexions de fonds, quand il n’y a pas de continuité de l’état ? Chaque Ministre reprend la réflexion à zéro sans tenir compte du travail effectué par son prédécesseur, les professionnels ne peuvent plus suivre, perdent confiance, et n’en peuvent plus d’attendre ce qui ne viendra jamais ! On ne prétend pas à l’excellence qui peut avoir un coût exorbitant, là il est question de réalisme et de bons sens. Le Dialogue Sociétal, un travail titanesque qui a mobilisé plus de quatre mille personnes (professionnels et citoyens), et qui a pris quatre années de discussions, y compris dans les régions, avec l’appui d’experts nationaux et internationaux, a fait de belles propositions loin des interférences politiques, et il suffirait de consulter le livre blanc pour en prendre connaissance. L’urgence du jour est dans l’arrêt de l’hémorragie de la corruption, de la malversation, du gaspillage, de l’absentéisme, du faible rendement ! Tout ceci représente une niche considérable pour changer les mentalités d’abord, et mobiliser plus de moyens au service du professionnel qui respecte l’éthique de la profession, et du patient qui est le grand souffrant de la fracture béante de la santé publique. Il faut une réelle écoute et une compréhension pour prendre les bonnes décisions qui ne soient pas de simples slogans, et qui rendent la confiance chez les professionnels qui rêvent d’une vraie politique de santé ! Ces professionnels, et ils sont très nombreux, qui ont fait des sacrifices, et mis beaucoup d’engagements pour réussir cette noble mission qu’est la prévention de la maladie et son traitement, ces professionnels sont frustrés, démotivés, voire déprimés ! Et c’est pour cela que l’on assiste à un vrai exil progressif des talents du service public, vers le privé, et pire encore, vers l’étranger ! Pourquoi avons-nous tourné le dos à nos ainés, ces grands noms de la médecine qui ont hissé, avec très peu de moyens et beaucoup d’abnégations, notre médecine dans la haute sphère du monde civilisé ? Pourquoi ne pas tenir le seul discours qui vaille : dire les choses : dire que nous sommes devenus les supers champions des maladies de longues durées, que nous sommes les champions de l’absentéisme et du rendement minimum, que notre système de santé, comme celui de l’éducation, est pris dans l’étau de la centrale syndicale, que nous avons cessé de recruter des compétences au profit d’une nouvelle noblesse intronisée par la politique du copinage ? Nous sommes en train de quitter le monde de l’économie et du développement pour rejoindre celui de l’astrologie et de la régression ! Où est la responsabilité d’un médecin qui voudrait exercer son métier dans ce système gangréné ? Si les déficits crèvent les plafonds dans tous nos hôpitaux, c’est précisément parce qu’un Directeur d’hôpital n’a plus aucune autorité  devant le syndicat qui verrouille tout le système. Il suffit d’ordonner un Audit externe de n’importe quel hôpital, de cerner les dépassements en personnel, en gestion des médicaments, en mauvais entretien des équipements, en corruption, d’établir un rapport, d’imposer des normes de contrôle et de mettre en place une équipe de suivi. Faisons un seul test sur un projet pilote, et les autres suivront ! C’est lamentable de voir un médecin, déjà très mal rémunéré, payer de sa poche un thermomètre à un dinar, parce que les fournitures ne sont plus livrées par les fournisseurs faute de règlement de leurs factures, tout manque : consommables, films de radio ; maintenance courante,… La politique du sapeur pompier ne paie plus ! Il faut plus d’actions et moins de discours à effet d’annonces ! Le quotidien du patient est vécu de plus en plus difficilement : copinage, corruption à peine cachée ; malversation, celui du professionnel n’est pas plus brillant : manque de moyens techniques et matériels, insécurité, démotivation, et surtout un manque de confiance caractérisé ! Si on veut réussir une politique d’austérité, il faut commencer par les racines, en s’attaquant aux grands barons de la corruption, pour dénerver tout le système par la source. Ce défi, et cette lutte constituent bien une guerre, et dans toute guerre, il ya l’ennemi et il y a celui qui pratique l’intelligence avec l’ennemi, et les deux sont à neutraliser avant toute chose.

Je termine avec cette belle citation de GHANDI qui disait que « la fin est dans les moyens comme l’arbre est dans la semence ».

PS : le lien d’accès au livre blanc du Dialogue Sociétal :  http://www.hiwarsaha.tn/upload/1409228805.pdf

Discussion

A propos de Zouhair BEN JEMAA

Expert en art culinaire et en hôtellerie. Actif de la société civile dans le domaine de la santé. Chroniqueur et écrivain.

A voir aussi

Le transport urbain : Souffrance vécue au quotidien

Par Sarra REJEB Le transport urbain est en rapport très étroit avec la qualité de …