mercredi 16 octobre 2019
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Le peuple errant

Par Zouhair BEN JEMAA

Vous croyez que le vainqueur, votre favori, va pouvoir diriger le pays sans ombrages ? Vous croyez qu’il va tout régler naturellement ? D’après vous, par quoi va-t-il commencer ? Par la sécurité ? L’environnement ? Les problèmes sociaux ? Le changement de la constitution ? Bon, trêve de rêves ! Quel que soit le vainqueur, il sera impuissant pour offrir une solution politique aux attentes et aux aspirations du peuple. Le vainqueur se rendra vite compte qu’il ne pourra pas tenir ses promesses, qu’il ne pourra pas être le garant de la constitution avec un peuple complètement habité par des sites de médias qui s’expriment à profusion avec une violence acharnée, un peuple biberonné aux réseaux sociaux qui sont animés par des populistes et des débiles qui vouent une haine viscérale à la Tunisie républicaine, des incultes qui prendraient un malin plaisir à brûler le drapeau national. Un peuple qui sent que les institutions sont contre lui, et tombe très facilement dans les filets des démagogues simplistes qui poursuivent leurs sombres menées !

Un peuple qui vit dans la brutalité, dans la division, et depuis peu dans le régionalisme. Ne vit-on pas une vague de régionalisme, rien qu’à travers l’origine des candidats, et ce régionalisme n’est-il pas encouragé par une campagne empoisonnée et orchestrée par des mafieux sans foi ni loi ? Ce peuple qui est consterné d’observer les alliances se faire et se défaire, des majorités qui explosent à peine constituées, de subir les trahisons des élus qui ne respectent jamais le mandat qui leur a été confié. Ce peuple qui ne peut pas témoigner du respect envers les représentants de l’État quand, à la moindre pluie, il se retrouve noyé dans sa maison et assiste dans la douleur à la perte de tous ses biens ? Pensons déjà au lendemain des élections, à la gueule de bois qu’aura le vainqueur qui sera sensé composer avec ceux qu’il avait insulté la veille, et qui l’avaient insulté l’avant-veille. Le mal de la Tunisie, ce sont ses fils qui, au lieu de composer ensemble pour sauver leur pays, et son peuple avec, ils ont préféré se battre à couteaux tirés pour assouvir leurs intérêts avec le plein d’égo !

C’est indéniable, les ultras sont à l’œuvre, et par leur comportement crasseux, ils creusent des fractures déjà bien profondes. Et le vainqueur des prochaines élections ne mettra pas fin à ces comportements d’un coup de baguette magique. Le seul moyen de rassurer, serait de passer de la tolérance absolue, à la discipline maximale, à l’application de la loi, toute la loi, rien que la loi. Mais le laissera-t-on faire sans lui mettre les bâtons dans les roues ? Pour parler avenir, faudrait-il nous mettre d’accord sur la façon d’épurer notre passé lourd de haine et de divisions. On nous parle d’un homme d’État irréprochable, qui incarne la droiture, le patriotisme et l’expérience, un homme qui suscite une véritable espérance, soit. En face, on nous propose, un autre qui incarne la jeunesse, l’expérience, un courageux qui aurait lancé l’énorme chantier de la lutte contre les mafieux, et qu’il serait maladroit de freiner en si bon chemin, soit. Comme élément féminin, sur les deux femmes en course, seule une a fait un parcours impressionnant, avec zéro faute, zéro faux pas, zéro scandale, mais on dit aussi que cette dame est cavalière seule et qu’elle n’a pas de têtes connues dans son entourage, mais est-ce vraiment nécessaire si on veut parler changement et rupture avec le passé politique malsain, mais soit ? Enfin, parmi les nouveaux prétendants, un jeune centralien plein de fougue, du patriotisme à en revendre, bouillonnant de projets et de rêves pour les jeunes et pour les moins jeunes, trouve des difficultés à être admis dans le cercle des grands pour sa difficulté à s’exprimer en arabe, (sic), mais soit.

Peu importe qui va accéder à la magistrature suprême, c’est le processus de la terreur qui doit être combattu et stoppé. C’est l’arrogance des mafieux et de l’argent sale qui doit être bloquée net ! Tenter de remettre le navire à flot, c’est d’abord réconcilier tous ses passagers entre eux et leur présenter clairement la feuille de route qui les emmènera sur la rive de la paix. Il ne faut pas éluder un seul débat. Demander pardon, ne devrait pas peser lourd pour les fauteurs. Il est difficile de combattre un phénomène dont on feint d’ignorer les causes, alors parlons carte sur table, en commençant par rappeler les causes, par reconnaître les erreurs du passé, par proposer des projets sérieux qui font rêver les Tunisiens entre eux, et non de jouer une région contre une autre ! Osons appeler un chat un chat, libérons le monde médiatique des mains des milliardaires qui ne sont pas des philanthropes, et aidons les journalistes professionnels à remplacer cette domination dangereuse par un partenariat dans lequel, seule l’éthique du journalisme domine.

Que chacun aille voter selon son âme et conscience, ceux qui seront en vie le lundi prochain verront bien qui sera élu, espérons que ce soit un patriote compétent, patriote aux mains propres, et espérons que ce ne soit pas un narcissique, irresponsable et égoïste ! Essayons dès lundi de raccommoder ce qui aura été déchiré entre amis, entre membres d’une même famille, et surtout, condition sine qua non, entre les Tunisiens eux-mêmes, comment pourrait-on cohabiter entre nous avec autant de haine, autant d’accusations, autant de divisions ? Bien entendu, il est hors de question de passer outre les crimes commis, les malversations et autres trahisons. Last but not least, sans une justice assainie, indépendante et respectueuse de la mission sacrée, aucune démocratie ne saurait réussir et trouver le chemin de la paix et de la prospérité !

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