mardi 27 juillet 2021
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Repenser l’orientation universitaire

Par Hédi LABBANE
Peintre-enseignant

« On a généralisé le baccalauréat comme diplôme de fin d’études secondaires sans mettre en cause son statut de premier grade universitaire donnant accès aux études de licence. Mais on ne s’est pas interrogé sur les besoins et les motivations d’une large partie du public qui entre à l’université sans avoir les capacités de poursuivre des études supérieures longues et même sans en avoir le désir. » Extrait de l’article : « L’université n’est pas la solution pour tout le monde. » paru dans la version électronique du journal Le Monde, le 11 septembre 2017.

Ce court extrait donne à réfléchir sur les anomalies du système d’enseignement dans sa globalité en Tunisie, dont les méthodes erronées en matière d’orientation des bacheliers.

C’est une aberration que de poser comme seule condition d’admission aux filières universitaires l’obtention du bac, même étayée par un livret scolaire et un relevé satisfaisant des moyennes de la terminale, sans évaluer objectivement le degré de motivation, les dispositions cognitives et psychologiques de chaque aspirant. On ne peut que constater les conséquences fâcheuses de cette politique marquée par l’immobilisme dont la plus visible est la régression, depuis belle lurette, des capacités intellectuelles de bon nombre d’étudiants parce qu’insuffisamment instruits, de surcroît mal orientés, démotivés, les empêchant pour le coup de mener à terme le cursus universitaire et, pour d’autres, de se découvrir des prédispositions pour des filières professionnelles.

Il faut dire aussi qu’à cet échec pédagogique criant s’ajoutent les causes d’incapacité financière de certains étudiants à subvenir aux besoins des longs cursus des études, en plus de la décision – humiliante pour les Etats assujettis aux injonctions du FMI et décourageante pour les étudiants – de suspension des recrutements dans la Fonction publique. La conjugaison de ses causes a généré inéluctablement les mêmes effets, à savoir un taux élevé d’abandon des études supérieures, soit volontairement, soit consécutif à des résultats insuffisants, soit à mi-chemin jusqu’à la licence pour incapacité à parachever le cycle de recherche jusqu’au doctorat.

Cette triste réalité n’est pas sans lien avec l’accroissement du nombre des diplômés chômeurs. De fait, elle y contribue pour une grande part.

Pour s’en tenir à l’aspect pédagogique et structurel, il conviendrait de préparer les jeunes aux études supérieures dès le lycée. D’abord, en élargissant les opportunités d’orientation offertes aux élèves, accompagnées d’une révision des programmes en collaboration avec l’université dans le sens d’une plus grande ouverture sur tous les secteurs de formation universitaire sans exception, y compris le secteur artistique au sens large du terme (parent pauvre des autres disciplines), lequel demeure absent des programmes de spécialisation de la terminale, si l’on excepte, paraît-il, certains lycées pilotes.

D’un côté, de telles mesures pourraient, sinon remplacer l’année préparatoire (parfois deux), exigée par certaines écoles supérieures, du moins elles en diminueraient le taux de recalage. D’un autre côté, elles équivaudraient à une sélection – toutes filières confondues – sans préséance ou discrimination entre les différentes disciplines, se substituant aux concours que certains prônent d’instaurer, par défaut d’une réforme substantielle, en amont du système LMD (dont il y a beaucoup à redire). En opérant de la sorte, on réduirait sensiblement les candidatures aux concours de réorientation. En plus de générer un gaspillage de temps et de moyens, cette épreuve désespère, sinon décourage les moins chanceux.

A ce jour, les responsables des ministères de l’éducation nationale et ceux de l’enseignement supérieur, y compris le cadre enseignant et les instances pédagogiques respectives – qui semblent se complaire dans le statu quo du système actuel et les palabres des commissions mixtes sans résultats tangibles – n’ont fait preuve, si je ne m’abuse, d’aucune volonté sérieuse ou d’esprit d’initiative pour faire bouger les lignes.

Paradoxalement, le statu quo en question ne l’est plus, dans la mesure où la situation en aval n’est pas figée. Bien au contraire, elle ne fait qu’empirer avec la hausse continue du chômage parmi les jeunes diplômés.

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