mardi 24 novembre 2020
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Crise sanitaire: le dilemme cornélien

Par Anis Basti

Décidément, la gestion de la crise du Covid-19 est aussi paradoxale que cela puisse paraître. En Tunisie plus qu’ailleurs. Alors que la deuxième vague tant redoutée s’est révélée plus virulente que ce que l’on pensait, la Tunisie a préféré agir à rebours de ses voisins outre-méditerranée qui reconfinent, tour à tour, leurs populations au corps défendant d’une large frange, notamment certains professionnels dont l’activité fut terriblement plombée par le premier épisode. L’effroi qui s’est emparé de nos concitoyens lorsque le spectre de la pandémie a commencé à gagner le pays au mois de mars dernier, que les images de victimes intubées, jonchant le sol des hôpitaux lombards avaient exacerbé, s’est réduit, depuis, comme une peau de chagrin.

Entre les partisans de la théorie du complot qui arguent que ce virus est la fabrication de puissances maléfiques pour bouleverser l’ordre mondial, les adeptes de la surenchère médiatique qui ont transformé cette « gripette » en véritable machine à tuer et les victimes collatérales que les foudres du premier confinement avaient réduites à l’indigence matérielle, la prévention affichée lors de la première vague s’est considérablement étiolée aussi bien au niveau des mesures que le gouvernement a prises pour endiguer le mal que du comportement des citoyens voué à la désinvolture et la négligence. L’on est en droit de s’interroger sur cette forme de schizophrénie qui a caractérisé l’action du gouvernement face aux deux épisodes du Covid-19 pourtant à seulement quelques semaines d’intervalle l’un de l’autre. La résurgence de la deuxième vague fut aussi fulgurante que le temps qu’a duré le gouvernement Fakhfekh avant qu’il ne jette l’éponge à la mi-juillet. Ce n’est certainement pas le Covid qui était derrière cette abdication scellée à la suite d’un scénario rocambolesque sur fond d’un subterfuge constitutionnel.

Toutefois, le constat est saisissant. Les deux vagues ont été gérées par deux gouvernements différents avec un bilan pour le moins mitigé pour le premier, et une gestion on ne peut plus timorée pour le second que les 1900 décès viennent accabler son action. La disproportionnalité des mesures par rapport à la capacité de nuisance du virus soulève les questionnements les plus légitimes. En effet, le gouvernement Fakhfekh a décrété le confinement général, le 22 mars, alors que l’on n’avait recensé que quelques centaines de cas et une cinquantaine de décès. En même temps, nos voisins du nord – la France et particulièrement l’Italie – n’avaient plus que leurs yeux pour pleurer l’avalanche de morts dans les rangs de leurs populations. De prime abord, ces chiffres plaident en faveur de l’efficacité de ces mesures corroborée de surcroit par un niveau de conscience élevé des citoyens quant à leur strict respect quand bien même des écarts furent constatés.

Mais vite le gouvernement est tombé dans ses travers et cédé aux sirènes du triomphalisme et de l’hubris de ses dirigeants qui avaient crié sur tous les toits que la Tunisie est la destination Covid-Free en prétendant qu’aucun cas positif n’a été enregistré vers le début du mois de mai. C’est vrai qu’à ce moment-là, le spectre d’une profonde crise planait sur la saison touristique qui était sur le point de débuter plaçant du coup le gouvernement au creux de la vague et le sommant à faire des pieds et des mains pour sauver, autant que faire se peut, les meubles. La décision de rouvrir les frontières, le 27 juin, a été lourde de conséquences. Elle a donné le coup de grâce à une gestion chancelante, empêtrée désespérément dans le dilemme de mettre à l’abri les citoyens contre la force dévastatrice de ce fâcheux virus et de tenter de relancer, non sans peine, la machine économique qui bat déjà de l’aile depuis la Révolution que le confinement du 22 mars a définitivement assommée. L’action gouvernementale semble manquer de cohérence. On décrète le confinement général quand la situation épidémiologique est encore à son plus bas – 1000 cas décelés positifs pour seulement 50 décès vers le mois de mai – et on se contente de mesurettes dont l’inefficacité vaut son pesant en chiffres alarmants quand tous les voyants sont au rouge – plus de 70000 cas pour 1900 décès actuellement – L’opiniâtreté affichée par l’actuel chef du gouvernement quant à un non retour au confinement général vient de jeter un pavé dans la mare des partisans de cette thèse que les reconfinements successifs opérés dans plusieurs pays européens ont donné de l’eau à leur moulin. À force de vouloir ménager la chèvre et le chou, le gouvernement s’est emmêlé les pinceaux en s’obstinant dans le déni d’une situation sanitaire critique qui appelle à prendre des mesures plus draconiennes et l’incapacité de redresser la machine économique dont le seul fait d’armes que l’on peut compter à son actif est de libérer une vanne de pétrole séquestrée depuis des semaines par des mutins. Mais à quel prix !

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