lundi 21 juin 2021
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La justice en otage

Par Adly Kaffel

Économie, société, santé, ou encore politique, tant de termes qui glacent le sang dès lors que nous les associons à notre Tunisie. Des erreurs manifestes aux coups d’éclat de certains, le manque d’une structure forte et solide se fait cruellement ressentir à tous les niveaux de l’État. Mais qu’en est-il de la justice ? Véritable garde-fou de tout système collectif, aussi minuscule soit-il, cette notion revêt une importance capitale et son application devrait toujours être mise en oeuvre de manière juste et impartiale.

Il s’agit bien sûr d’une utopie à l’échelle du monde et à fortiori de l’être humain, mais cela n’empêche en rien une volonté authentique de tendre vers sa réalisation. Malheureusement, en Tunisie, les aberrations sont nombreuses et souvent inacceptables pour tout esprit un temps soit peu éduqué. Entre les prisons peuplées de fumeurs de cannabis, les victimes de viols condamnées pour s’être faits … violés, ou encore l’incroyable passivité des policiers devant les perpétuelles infractions routières des citoyens, c’est à se demander s’il sert encore à quelque chose de chercher à être intègre. Pour beaucoup, la réponse a été trouvée il y a longtemps, et celle-ci n’aide pas notre pays à relever la tête. Et bien qu’il soit évident qu’aucun pays au monde ne peut se targuer de posséder un système judiciaire parfait, incorruptible et infranchissable, si cela avait été le cas, les inégalités ne seraient pas aussi nombreuses, certains États réussissant malgré tout à maintenir un système judiciaire particulièrement puissant, respecté de tous, et très compliqué à détourner, même pour les plus puissants. Cela prouve bien que l’espoir est permis, aussi minime soit-il.

Le problème est cependant complexe, et ne peut être résolu qu’en s’y attelant avec véhémence, sur plusieurs fronts. La base d’un système judiciaire fort commence par une population respectueuse. Si les Hommes ont crée la Loi, c’est à eux de la protéger, afin qu’elle puisse les protéger en retour. Cette relation ne fonctionne pas dans l’autre sens. Il faut donc revoir notre système éducatif afin d’accorder une importance hautement plus grande au civisme, au respect de l’autre, des lois et des institutions. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons amorcer un renouveau culturel qui permettra aux générations futures d’être plus sereines et vivre dans un environnement sain et sécurisé. La formation des éducateurs doit donc impérativement être revue, et ne permettre qu’aux plus qualifiés d’enseigner. Il s’agit là d’un pilier de notre avenir, une continuité que nous nous devons de mettre en place, quitte à licencier un grand nombre d’éducateurs malheureusement incompétents, et ce dans tous les domaines. Lorsque nos jeunes se sentent valorisés et sont bien éduqués, ils ont tous les outils pour prospérer et faire de notre Tunisie un endroit meilleur. Plus que l’amélioration de notre système judiciaire, il s’agit là d’un des plus grands défis de notre pays et d’un changement essentiel afin de sortir de toutes les crises auxquelles nous faisons face aujourd’hui. Le rôle des parents est aussi important, si ce n’est plus, et les aider dans cette démarche en les sensibilisant à ces problèmes et en leur offrant un accompagnement pourrait également s’avérer payant.

Le deuxième front auquel nous devons nous attaquer concerne bien évidemment les exécutants eux-mêmes. Le nombre de fonctionnaires de l’État corrompus fait froid dans le dos, comme le montre le rapport 2020 de l’agence Transparency International sur la corruption dans le service public à travers le monde, qui classe la Tunisie au 69ème rang sur 180 pays, avec un score de 44 sur 100, un point au dessus de la moyenne mondiale, mais tout de même inférieur à la moyenne. La responsabilité leur incombe tout autant qu’aux citoyens complices de ce système, ainsi qu’aux hautes autorités dont les lois et les agissements l’encouragent. Il est inconcevable de devoir donner un pot-de-vin à un fonctionnaire municipal pour qu’il fasse simplement son travail, de corrompre un agent de police afin qu’il ferme les yeux sur une infraction routière, ou encore de soudoyer grassement un juge afin qu’il statue en faveur d’un homme d’affaires véreux. Trop d’institutions publiques sont aujourd’hui criblées de dettes, ne pouvant plus assurer leur fonction ou même payer décemment leurs salariés, ce qui provoque une hausse de la corruption de manière indirecte. Ces pratiques doivent cesser coûte que coûte, tout d’abord en renforçant le service public au moyen d’une intervention du secteur privé qui injecterait plus de moyens, tout en assurant un contrôle rigoureux des opérations en adéquation avec les directives de l’État. Certains secteurs y gagneraient même à être totalement privatisés.

Enfin, le cas de nos élus est le plus préoccupant. Étant les représentants du peuple, qui les choisit et les rémunère, ceux-ci sont dans l’obligation de lui rendre des comptes et d’apporter des résultats. Malheureusement, nous observons une réalité en totale contradiction avec cette situation, où les députés vandalisent et rackettent les institutions publiques avec l’aide des autorités, tout en mettant toute leur énergie à garder leur siège à l’ARP au lieu de faire leur travail. Il est clair qu’un élu incompétent devient un frein au développement de tout le pays dès lors qu’il siège à l’Assemblée, la loi doit permettre de l’en déloger avant la fin de son mandant s’il n’apporte pas de résultats, au lieu de lui offrir une protection excessive. Je ne m’attarderai pas non plus sur les cas des criminels politiques protégés de toute rétroaction à cause de l’immunité politique, privilège archaïque et source d’un grand nombre de malheurs.

Enfin, le rôle et le pouvoir des syndicats dans notre société est aussi à revoir, les disparités entre leurs pouvoirs étant trop importantes pour permettre un équilibre sain et constructif. Il faut donner à tous les syndicats, à travers la loi, les moyens de protéger et servir les intérêts de leurs syndiqués sans prendre le pas et écraser les autres. C’est toute notre économie qui en ressortirait grandie, entraînant dans son sillage la qualité de vie de tous les Tunisiens.

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