mardi 17 septembre 2019
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Interview : Leila CHETAOUI

Q1. Que vous évoque un sixième anniversaire de la révolution ?

De la tristesse, une grande frustration, une grande colère !

Rien que cela ?

Oui, ceci en relation avec le tunisien qui est déçu, ce citoyen à qui on annonce une augmentation de sa facture d’électricité en guise de vœux de bonne année, tout un symbole ! Je me sens mal car je constate avec amertume que ce qui faisait la force de la Tunisie, sa classe moyenne, est en train de s’appauvrir chaque année un peu plus, quant au pauvre, n’en parlons pas, j’ai honte pour toute la classe politique ! Et particulièrement pour NIDA mon parti, qui avait réussi à faire rêver des millions de bons citoyens et bons patriotes, et après tant de temps, la corruption et la mauvaise gouvernance sont encore de mise !

Q2. Le nombre de ceux qui crient misère a beaucoup augmenté pendant ces six dernières années, et votre parti n’a rien fait pour améliorer les choses ?

Les partis et leurs structures sont sensés faire de la proximité, donc être en contact avec les problèmes du citoyen, et être capables de  régler ces problèmes. Or mon parti a échoué dans ce domaine, comme dans d’autres, et le plus grave, il a échoué sans avoir essayé ! Pourtant, après 2014, on n’avait plus le droit à l’erreur, ce qui fait que notre parti n’est plus en phase avec ses électeurs. Dans les sondages, NIDA est paraît-il le premier parti en Tunisie ; ceci fait plaisir à certains, mais pour ma part, cela ne baisse pas ma colère, mais pas du tout !

Q3. Alors là, on ne vous suit plus, pourquoi avoir tant attendu pour dénoncer la dérive, alors que les critiques n’ont jamais cessé de pleuvoir ?

Cela a commencé par la discipline du parti, mon parti qui  se trouvait au pouvoir, pourtant, j’ai attiré l’attention à l’intérieur de nos structures, d’ailleurs je n’étais pas la seule, on était plusieurs à rappeler que nous n’étions plus respectueux de notre serment. Mais à chaque fois on nous rappelait à l’ordre en évoquant la fragilité de notre situation, vu l’équilibre précaire qui était étouffé par les règles du consensus. Notre frustration était d’autant plus grande que le partenaire d’en face, n’avait pas le même engagement vis-à-vis de la constitution et vis-à-vis de la démocratie. Je n’ai pas voulu mettre mon parti et surtout mon pays en danger, tout en mesurant la tristesse qui était en moi durant toute cette époque ! A présent, les évènements dépassent ma personne, et aujourd’hui, je sens avec amertume que la direction de mon parti met en danger le devenir de mon pays !

Q4. Le combat est très lourd et risque d’être long, dans quelle cadre Leila CHETAOUI va-t-elle s’investir ?

Je me sens à la croisée des chemins, et j’ai choisi la Tunisie en lieu et place du parti ; sur le fond je resterai la même, seule la forme changera. Je ne quitterai pas mon groupe parlementaire par principe, mais je ne vendrai pas mon âme non plus, je serai en paix avec mes convictions et ma conscience, et tant pis pour la discipline du parti, car pour reprendre une déclaration célèbre, je ferai passer la patrie avant le parti, jusqu’à ce que ce dernier se ressaisisse de sa torpeur ! Leila CHETAOUI veut garder l’image de la conscience en conformité avec les promesses de la campagne électorale !

Et si votre groupe vous lâchait ?

Alors là, je saurai trouver ma voie, et je n’aurai aucun problème pour continuer à militer tout en étant fidèle à mes électeurs qui m’ont placée là où je me trouve ; d’ailleurs,  j’invite la direction de mon parti à ne pas oublier les électeurs qui l’ont hissée si haut !

Q5. Six ans après le changement, la Tunisie est encore à la traine dans beaucoup de domaines, comment voyez-vous la suite ?

Dès le premier gouvernement NIDA, et à cause du fameux consensus, le partage des postes de responsabilité a plombé la démocratie et a fermé la voie aux femmes ! Pourtant le sit-in « ERRAHIL » était composé essentiellement de femmes ; ce fût ma première déception ! J’avais déjà tiré la sonnette d’alarme, et j’ai été vite rappelée à l’ordre au nom de la discipline du parti. Les mêmes causes du consensus nous avaient privés d’avoir des compétences à tous les niveaux de l’Etat, et là également, les femmes ont été sacrifiées sur l’autel des arrangements entre appareils de partis ! Il est temps que la femme tunisienne récupère la place qu’elle a perdue depuis la révolution, et la Tunisie ne peut plus rester à la traine plus longtemps, un sursaut citoyen devrait nous ramener à l’unisson, et un nouveau slogan appelant à se mettre au travail doit nous libérer des griffes des corrompus et des aigris ! Notre pays est riche d’un capital humain qui dépasse ses besoins, et il suffira de mettre les compétences dont le pays regorge pour voir vite le bout du tunnel, je garde confiance et je suis sereine !

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