dimanche 9 décembre 2018
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A la recherche du moi perdu

Narcisse, Aziz Rouhou, sommes-nous ce que les autres veulent faire de nous ?

Narcisse ou Aziz Rouhou, le film de Sonia Chamkhi, est un savoureux mélange d’émotions. Tous nos sens sont mis à contribution grâce une mise en scène juste.

Le jeu des acteurs est doublement intéressant avec ce va-et-vient entre le cinéma et le théâtre. Entre la vérité (du film) et le jeu scénique à tel point que l’un s’intègre dans l’autre. La scène finale leurre le spectateur qui ne sait plus s’il doit applaudir le film ou la pièce jouée par les acteurs. Laquelle pièce raconte la vie des personnages. C’est la technique des poupées russes.
La musique est très fortement présente dans le film : le Mezoued, si cher à Sonia Chamkhi, puisqu’elle lui a consacré toute une étude.

Le choix de cette musique populaire ancre le film dans sa tunisianité.
Rappelons que le Mezoued est longtemps ignoré par les instances culturelles officielles qui valorisent les formes de musique classique. Il se diffuse toutefois dans la culture urbaine des couches défavorisées et déracinées. Il est alors vu comme l’expression d’un mal-vivre et d’une défiance vis-à-vis de la culture dominante, s’inscrivant volontiers contre les codes de la bienséance et en traitant de thèmes provocateurs.
Or le film raconte justement ce mal-être d’un jeune ambivalent sexuel, qui cherche sa voie. Il aime une femme mais il a une passion terrible pour un homme. Et là s’installe la provocation et le dérèglement des codes.
Le Mezoued prend tout son sens et il est en parfaite harmonie avec le film. Il en est la symbolique.

Sa sœur est elle aussi au cœur d’un questionnement ontologique face à des choix de vie imposés. Aucun des deux n’a choisi sa voie. Et tout le tragique est là. Lui a rompu avec son passé douloureux et elle n’arrive pas à le faire. Le film raconte cette douleur. Il raconte également cette double catharsis.

Le sang, l’eau, la thérapie par le jeu, la danse et le chant pour oublier le malheur du déracinement, la recherche de l’amour, la quête de soi… Le film raconte la mort et la vie, l’amour et la passion, le passé et le présent, l’amour et la haine, le beau et le laid.
Sonia Chamkhi installe son film dans un univers ouvert et fermé en même temps. La musique assourdissante veut étouffer les douleurs enfouies. Les espaces clos traduisent les secrets qui rongent. Chaque geste est porteur de sens. Même les clins d’œil à la révolution et à Chokri Belaïd.

Un film qui met en scène la recherche d’une liberté volée et qui évite toute forme de condamnation.
La mort est annonciatrice de vie et non pas le châtiment d’un fauteur.

Un film qui nous prend, un film qui nous laisse réfléchir.

À voir absolument.

Aziz Rouhou, Narcisse, un film de Sonia Chamkhi. Avec Aicha Ben Ahmed, Jamel Madani, Fatma Ben Saidane et Ghanem Zrelli.

 

 

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