jeudi 18 octobre 2018
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Barrack Obama a perdu

Il a donc gagné! Ou pas?

Trump a été élu Président des États-Unis d’Amérique à la surprise quasi générale. Les seuls à ne pas être surpris sont ses électeurs.

Comment est-ce possible? Qui a voté pour lui? Et pourquoi? Comment tout le monde a pu se tromper à ce point?

D’abord, ce sont les américains qui ont voté pour lui. Pas les américains qu’on voit à la télé, dans les films. Ni les américains qui vivent à New York ou en Californie, ces américains qui ont des smartphones, des Mac Book, mangent diététique, lisent des journaux, et promènent leurs chiens. Non ce sont les autres américains, les américains méconnus et anonymes.

La société américaine est une société traditionnelle qui s’articule autour de valeurs très classiques. Ce sont des valeurs de famille, de tradition, de travail, d’argent gagné par le travail. Mais surtout, c’est une société qui croit en Dieu, un dieu essentiellement chrétien, et qui croit en l’église, la Bible et la parole divine. C’est cette Amérique qui a voté pour Trump. L’Amérique qui va à l’église.

Cela peut surprendre que, dans un pays occidental, la religion influe autant sur un choix aussi capital. Mais justement, pour ces américains, un choix aussi capital ne peut être fait sans prendre en compte Dieu et les recommandations du prêtre ou du pasteur.

Contrairement à certaines affirmations, ces électeurs religieux ne sont pas forcément des ouvriers ou des classes défavorisées. Ce sont certainement en majorité des blancs. Cependant, ce sont aussi des hispaniques, des italo-américains, des noirs, des asiatiques. Ce sont des classes sociales variées, des ouvriers, des entrepreneurs, des professions libérales, des professeurs, des fermiers, des intellectuels.

Dieu est transversal. Et le vote Trump a été transversal.

Trump a identifié un électorat précis. Il a orienté sa campagne vers cet électorat. Il n’a accordé aucune importance au reste. Ses déclarations choquantes, ses dérapages, ses écarts, son racisme, son sexisme, ses délires, ont certes dérangés, mais pas son électorat. Ceux que tout cela a dérangé ce sont des gens qui n’auraient pas voté pour lui, de toutes les façons.

Ses électeurs ont été touchés par son discours conservateur, sa vision protectionniste, son franc-parler, ses mots simples, son anticonformisme, son image d’homme de famille, ses propos antilibéraux. Conservateur et anticonformiste? Homme de famille divorcé plusieurs fois? Oui. Aux États-Unis, c’est possible.

Et surtout, Obama lui a facilité la tâche. Tout candidat républicain serait passé. Barrack Obama, le président cool et branché, est un président qui a perdu le contact avec la société américaine. Il est le président de la génération Y, le président de Hollywood, des grandes villes. Il a fait la politique de l’audimat. Il n’a pas fait la politique que voulait la majorité des américains. Lui et ses amis intellectuels, sophistiqués, métrosexuels, urbains, instruits, ont tourné le dos aux américains communs, ruraux, croyants, paumés, et les ont moqués. Depuis son élection, l’euphorie qui l’avait accompagné s’est érodée. Depuis qu’il a été élu, le Parti Démocrate a perdu le Sénat et le Congrès.

Ce que certains voient comme des avancées sociales positives (le mariage gay, la légalisation de la marijuana, les toilettes publiques transgenres, la lutte contre les armes, l’assouplissement de l’accès à l’avortement), cette politique d’Obama a profondément choqué l’Amérique. Du pain béni pour Trump qui a associé Hillary Clinton au bilan d’Obama et l’a cataloguée en tant que libérale extrémiste, tueuse de bébés, manipulée par les lobbies, menteuse et malhonnête, qui déteste Dieu, l’Amérique traditionnelle et la Constitution.

Bernie Sanders aurait été l’héritier naturel d’Obama. C’est certain mais il aurait fait un résultat désastreux. L’électeur américain n’est pas prêt à voter pour un homme de gauche. Sanders est bien le premier politicien de gauche depuis des décennies aux États-Unis. Mais il a bien influé sur le résultat de cette élection.

Trois hommes ont donc fait perdre cette élection à Hillary Clinton. Trump certes. Toutefois, Obama et Sanders lui ont coûté bien plus.

Clinton était la candidate parfaite pour le parti démocrate en 2008 mais Obama lui a volé la place en menant une campagne féroce contre elle. C’est lui qui a créé cette image d’elle: femme du système, représentante de l’ancienne politique, vieille, avec des amitiés obscures. Sanders a fini le travail pour lui cette année. Il l’a encore enfoncée en la coupant de son électorat naturel: les jeunes, les minorités, les familles, les classes moyennes, les travailleurs.

Hillary a été handicapée dans cette campagne. Elle a été une candidate de minorité de genre qui venait à la suite d’un président de minorité de race. Ça fait beaucoup pour toute société actuelle. Elle n’a pas pu se démarquer d’Obama. Elle s’est trouvée obligée d’assumer le bilan d’un président en perte de popularité et de le défendre, ce qui l’a prise au piège d’une image libérale, anti-famille, anti-religion, alors que son meilleur atout était d’être une mère et que c’est cette image qu’elle devait mettre en avant. Elle a également été forcée de défendre Sanders alors qu’il l’avait attaquée de manière féroce pendant les primaires, au lieu de se défendre contre lui.

Sanders a fait preuve d’un soutien mou en fin de campagne en faveur d’Hillary. Obama a fini par comprendre que l’échec des démocrates à cette élection serait un échec de plus pour lui. Les démocrates ont donné à Obama la Présidence, un Congrès et un Sénat démocrate. Il a tout gâché et leur a coûté leur meilleure candidature présidentielle depuis longtemps. Quand les choses se seront calmées, c’est ce qu’on retiendra de cette affaire.

Obama s’est lancé corps et âme dans la campagne d’Hillary, mais trop tard. Et d’abord, il l’a fait pour défendre son bilan et non la candidate démocrate. D’ailleurs il l’a dit à plusieurs reprises « Il s’agit de mon héritage ». Ensuite, il l’a mal fait. Il a mis sa femme, Michelle, dans les pattes de la candidate, à qui elle a fait de l’ombre. Et il a remis en marche la machine qui l’avait porté à Washigton: les médias, le star system, les gens cools. C’est bien l’image que les américains ordinaires sont fatigués de voir. Ils ne sont pas amis avec les journalistes et les stars. Ils ne se reconnaissent pas dans ce monde et cette image.

Ils ont donc été confortés dans leur choix de voter pour un homme qui leur ressemble, simple, imparfait, pas forcément très habile, pas toujours correct. Ils ont également voté pour un homme qui a réussi, qui a une famille nombreuse autour de lui, qui parle de Dieu. Et un homme qui ne les juge pas.

La différence est que les gens ordinaires votent toujours parce qu’ils ont peur pour l’avenir de leurs enfants. Les gens cools, eux, ne votent pas parce qu’ils ont tout aujourd’hui et ne se projettent pas dans l’avenir.

Par Ahlem HACHICHA CHAKER

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