mardi 24 novembre 2020
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A la recherche d’un souffle nouveau…

Alors que la Covid est en train de frapper les piliers de l’économie (le secteur touristique et hôtelier, pour ne citer que ce secteur, affiche une baisse alarmante de ses résultats), les partis politiques poursuivent leur pression sur le chef du gouvernement désigné pour qu’il réponde à leurs diktats. Entre des partis indéboulonnables depuis 2011 et d’autres qui viennent de faire leur entrée dans l’arène, la tâche est loin d’être aisée pour le ministre de l’intérieur, ancien conseiller du président de la république qui a décidé de constituer son gouvernement de personnalités non partisanes, plus communément appelées des technocrates. Il en est arrivé là à cause des multiples divergences de points de vue entre les partis qui composent aujourd’hui le Parlement c’est à dire le pouvoir législatif. Ce qui est tout à fait normal puisque chacun a sa vision, chacun a ses calculs, chacun a ses objectifs.

Aujourd’hui la Tunisie est l’otage de ses propres partis, ce qui risque de la fragiliser encore davantage.

Alors si un gouvernement d’indépendants pouvait proposer un programme sérieux et capable d’arrêter l’hémorragie, pourquoi pas ? Inutile de revenir sur le diagnostic de la situation qui est devenu un lieu commun. A ce niveau là, il y a unanimité ! Parler d’élections anticipées n’a aucun sens puisque rien dans la loi loi électorale n’a changé. On arrivera donc à quasiment le même résultat avec tout le processus derrière.

Les partis devraient accepter un gouvernement indépendant et prendre le temps de s’évaluer, de se réorganiser, de se restructurer, de revoir leurs programmes…Certes la démocratie ne peut pas s’organiser en dehors des partis ; accepter la démocratie moderne, telle qu’elle se présente à nous jusqu’à présent, c’est accepter le système des partis et leur fonctionnement. D’ailleurs, le débat sur la fin des partis politiques fait rage depuis des années. Pour ou contre les partis politiques ? Là n’est pas exactement la question. Si elle se pose, c’est que la forme des partis telle qu’elle a existé au XXe siècle est à bout de souffle. C’est aussi que le cadre institutionnel dans lequel évoluent les partis politiques se trouve obsolète et discrédité. C’est enfin que les frontières entre les partis actuels semblent reposer sur des clivages correspondant au monde du XXe siècle.

Nous aurons demain comme hier besoin d’organisations politiques. En effet, si la vie politique se veut démocratique, elle doit reposer sur des formes collectives de débat, de réflexion, de délibération. On peut changer le nom de ce cadre, cela ne dit rien sur la façon de bâtir un espace commun de fabrication politique. Les partis issus du XXe siècle sont d’abord critiqués en raison de leur fonctionnement pyramidal, vertical. La place de l’individu apparaît comme niée, diluée dans le tout collectif. L’arrivée des femmes dans l’espace politique et le changement des rythmes de vie posent également la question du temps dans l’élaboration politique. Les façons de faire – longues réunions publiques avec orateurs se succédant derrière un pupitre, monopolisation de la parole dans les réunions par les plus rompus à l’exercice… – apparaissent en partie dépassées par l’essor d’Internet et des réseaux sociaux qui évoluent chaque jour et montrent une lassitude à l’égard des formes traditionnelles de militantisme. Il est plus simple de dire ce qui dysfonctionne que de tracer une autre voie opérationnelle. Mais nous ne pouvons répondre qu’aux questions que l’on se pose. Et celles-ci sont décisives pour l’avenir.

Si les partis semblent passés de mode, c’est aussi, voire avant tout, que leur proposition politique n’apparaît pas comme suffisamment séduisante. Pour s’engager dans une organisation politique, il faut estimer que cet engagement est utile, qu’il donne de l’espoir, du sens, une perspective d’avenir. S’attacher à la forme ne doit donc pas faire oublier le fond. Mais les deux ne doivent-ils pas en réalité être liés ?

Nous avons besoin d’une force politique nouvelle capable de dessiner un projet émancipateur, social et écologiste, du XXIe siècle. Cette nouvelle force ne se créera pas de toutes pièces, en dehors de l’apport des partis existants. Elle mêlera des courants, des militants porteurs de traditions diverses, des personnes issues de la société civile… Pour être une force large, elle devra accepter cette hétérogénéité des cultures tout en assurant une cohérence d’ensemble, forcément nouvelle, mais dont nous voyons année après année la possibilité de se dégager. Mais, et ce point est fondamental, cette nouvelle force ne saurait résulter d’un simple réagencement de l’existant, d’une seule recomposition à partir des appareils actuels. Fatigués par les alternances qui se succèdent et qui ne changent rien, les Tunisiens comme ailleurs en Europe et à travers le Monde, cherchent une voie nouvelle, fraîche, inusitée. Et donc du neuf. C’est à cette tâche que, du côté de l’émancipation humaine, nous devons nous atteler.

Dix ans après la rupture avec le parti unique et sa main mise sur les institutions, s’est mise en place une forme departitocratie devenue comme une forme d’oligarchie, concentrant le pouvoir au sein d’une nouvelle classe de privilégiées : les partis politiques. Et c’est ce qui bloque toute tendance au changement . Et c’est ce qui explique le rejet de la classe politique (ceci avait été remarqué depuis les élections municipales de 2018 où on a vu l’émergence des forces indépendantes).

Aujourd’hui le pays saigne gravement ; il est dans l’intérêt de tous de s’entendre sur un ensemble de mesures à appliquer au plus tôt pour éviter au pays un désastre financier dont il n’est pas loin et que le gouverneur de la BCT semble craindre de plus en plus ! Pour preuve ses deux derniers rapports des 11 et 12 août qui, chiffres à l’appui, montrent une grave récession, un désinvestissement flagrant, une fuite des capitaux, un énorme surendettement… Tout est dit dans ces 2 rapports, pendant que le pays attend son 3ème gouvernement depuis 7 mois (le 10e depuis 2011).

Il ne faut pas attendre qu’une catastrophe comme celle qu’ont vécue nos amis libanais nous tombe sur la tête pour nous rendre compte qu’aujourd’hui il faut sauver le pays coûte que coûte ! Laisser de vrais techniciens de l’économie et des finances travailler de concert dans l’intérêt du pays pendant que les partis prendront le temps pour réfléchir à leur avenir. Ce qui compte plus que tout aujourd’hui, c’est sauver le pays!

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A propos de Myriam BELKADHI

Journaliste-Presentatrice

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