mercredi 16 octobre 2019
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L’Arabie Saoudite envisage l’achat de deux réacteurs nucléaires EPR

En visite à Paris, le ministre saoudien de la défense a signé un accord pour lancer une étude de faisabilité concernant l’installation de deux réacteurs EPR en Arabie saoudite. Si une vente se confirmait, cela porterait le montant des « emplettes » saoudiennes en France à plus de 20 milliards de dollars.

Les relations entre la France et les pays du Golfe sont décidément au beau fixe. Après l’achat par le Qatar de 24 Rafale, l’Arabie saoudite met la dernière main avec Paris à une floppée de contrats commerciaux représentant plus d’une vingtaine de milliards d’euros. Cerise sur le gâteau, les deux pays ont annoncé mercredi le lancement d’une étude qui pourrait déboucher sur l’achat de deux réacteurs nucléaires EPR.

Un accord a été signé « pour lancer une étude de faisabilité sur deux réacteurs EPR, qui s’inscrit dans le cadre de l’ambitieux programme énergétique de l’Arabie Saoudite », a indiqué le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, coprésident avec le ministre saoudien de la Défense Mohamed Ben Salmane d’une « Commission conjointe franco-saoudienne » qui a eu sa première réunion mercredi à Paris.

 

Coopération dans le nucléaire civil

Un accord a également été signé sur la formation à la sûreté nucléaire et un autre sur le traitement des déchets, a ajouté M. Fabius. Dans le domaine du nucléaire civil, « deux EPR sont envisagés » mais « il ne suffit pas qu’on s’engage sur un volume. Il faut aussi que les Saoudiens fassent un certain nombre de démarches qui les concernent en matière de sûreté, de formation de leur personnel, etc. », a-t-on expliqué de source diplomatique française après cet entretien.

« Le fait d’avoir signé une lettre d’intention est significatif car la concurrence est vive. Nous sommes les premiers à signer. Si les EPR sont bien mis en oeuvre, ce qui sera certainement le cas, ça nous fera passer (le montant des contrats obtenus avec l’Arabie saoudite) à 22, 25 milliards », selon la même source.

En dix jours, les Français se targuent d’avoir signé « dix contrats pour un montant global de 12 milliards de dollars » dont un avec Airbus pour des avions commerciaux évalué à huit milliards de dollars. Outre cette coopération dans le domaine nucléaire, la France a annoncé l’achat par l’Arabie saoudite de 23 hélicoptères Airbus H 145, un contrat d’un montant de 500 millions d’euros. Au total, 20 projets représentant, selon Laurent Fabius, « plusieurs dizaines de milliards d’euros s’ils sont intégralement menés à bien », sont en discussion entre les deux pays.

« Tout cela veut dire que nous avons eu raison de donner une forme de priorité à nos relations avec l’Arabie saoudite dans la région. Cette priorité, nous l’avons donnée d’abord pour des raisons politiques car l’Arabie saoudite est un partenaire de référence dans cet Orient troublé, avec lequel on peut travailler au règlement des crises », a-t-on fait valoir de même source. « C’est aussi un partenaire avec lequel nous avons intérêt à travailler pour des raisons économiques », a-t-on ajouté.

Ces contrats surviennent au moment même où des négociations intensives se déroulent à Vienne pour parvenir à un accord final d’ici au 30 juin entre l’Iran et six grandes puissances (Etats-Unis, Russie, Allemagne, France, Grande-Bretagne et Chine). L’objectif est en échange d’une levée des sanctions qui frappent son économie de laisser à l’Iran, grand rival de l’Arabie saoudite au Moyen-Orient, la capacité de développement d’un programme nucléaire civil sans avoir les moyens d’acquérir la bombe atomique.

Partenariat stratégique sans complexe

A la tête d’une imposante délégation, Mohamed Ben Salmane, vice-prince héritier, qui a évoqué le dossier iranien avec Laurent Fabius, a été reçu par le président français François Hollande en fin d’après-midi à l’Elysée.

Le rapprochement franco-saoudien, mis sur les rails avec l’arrivée de François Hollande au pouvoir en 2012, a été favorisé par les tensions entre Ryad et son grand allié américain au sujet du régime syrien de Bachar al-Assad, que Washington a renoncé à frapper en 2013, et surtout à propos de l’Iran, dont le programme nucléaire inquiète les pays du Golfe.

Dans la négociation internationale sur ce dossier, Paris s’en tient à une ligne dure qui plaît aux monarchies sunnites, effrayées par l’influence grandissante de l’Iran chiite.

La France assume sans complexes ce « partenariat stratégique » avec les pays de la région, et singulièrement avec l’Arabie saoudite, malgré les critiques des ONG et les interrogations de certains sur les risques d’une alliance avec un régime wahhabite prônant un islam ultra rigoriste.

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