mardi 27 juillet 2021
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Interview : Sahbi BEN FREDJ

  • La Tunisie en banqueroute, peut-elle survivre avec autant de partis, et autant d’égoïsme ?

D’abord, je ne crois pas que la crise financière de la Tunisie doit être imputée à l’ensemble des partis dans l’absolu, mais plutôt à deux partis en particulier : NIDA avec ses dirigeants actuels pour une petite part car ce parti est au déclin et on n’en entendra plus parler sous peu, mais surtout ENNAHDHA qui est au pouvoir d’une manière directe ou non déclarée depuis 2012, et ce parti est de ce fait responsable de toutes les politiques et toutes les mauvaises décisions prises, comme il est responsable de la non prise de décisions quand cela était nécessaire ! Il n’y a qu’à voir actuellement, comment ENNAHDHA ne soutient pas le gouvernement dans sa volonté de réformer et de faire voter des lois urgentes pour le redressement économique. Lors de sa dernière sortie, le président de ce parti conditionne son soutien au chef du gouvernement par l’engagement de ce dernier à ne pas se présenter aux prochaines élections présidentielles ! Pour ce qui est de la responsabilité des autres partis, ces derniers restent éparpillés, ce qui limite leur champ d’action, et le gouvernement devient dépendant des deux grands partis au pouvoir. Ce gouvernement qui n’a pas pris en compte les propositions des petits partis, doit s’assumer, et prendre les décisions courageuses qui s’imposent en mettant chaque partenaire devant ses responsabilités !

  • La guerre des municipales s’annonce fratricide, n’y a-t-il pas de chance pour réunir les compétences « multipartis » dans chaque ville autour d’un programme, et sauver le citoyen de cette guéguerre qui le frustre depuis sept ans ?

La plupart des partis républicains ont pris la décision, bien que tardivement, de s’associer à la société civile pour les futures élections municipales, ce qui est en soi très positif ! Je continue néanmoins à croire que les municipales n’auront pas lieu le 17 décembre prochain, ce qui nous donnerait plus de temps pour mieux nous préparer. Mais il faut voir le plus grand danger dans l’abstentionnisme, dû à l’absence de confiance envers les partis politiques en général qui ne proposent pas d’alternatives, et qui se trouvent de ce fait menacés dans leur existence même aussi bien pour les municipales, que pour les législatives ou les présidentielles !

  • Revenons à l’ARP, l’opinion est convaincue du piège dans lequel elle est prise avec un système qui n’augure rien de bon pour le pays, quelle est l’issue ?

Ceci est le cœur du sujet ! Le pays n’est plus gouvernable avec trois têtes dont chacun se réserve la part du lion. Ce système rend impossible la prise de décision, le consensus ou l’accord sur les questions majeures ! Chaque parti, petit ou grand, n’a que le pouvoir de freinage, ajoutez à cela la division du premier parti qui était sensé tenir le leadership dans la gouvernance, et qui brille par son absence de la scène, englouti qu’il est dans ses luttes internes ! Et la décentralisation sauvage et irresponsable pourrait être le dernier clou dans le cercueil de l’Etat et de la République ! La seule issue est dans la réforme de la constitution pour aboutir à un régime soit parlementaire avec un Président honorifique, soit un régime Présidentiel avec des pouvoirs clairs pour le Président, et des pouvoirs de contrôle pour le parlement élu. Bien entendu, cela ne doit pas nous empêcher de nous unir avec responsabilité autour d’un programme de sauvetage chiffré, loin des slogans populistes et irréalistes comme le bourguibisme, le libéralisme, centrisme…

  • Au sein de Machrou3, est-ce que tout est huilé pour éviter les grandes crises de candidatures lors des prochaines échéances électorales, notamment la présidentielle de 2019 ?

Almachrou3 n’est pas directement concerné par les prochaines présidentielles ! Que chacun se tranquillise, Mohsen MARZOUK l’a maintes fois répété : nous soutiendrons le plus proche de nos idées et de convictions, depuis les législatives jusqu’aux présidentielles, et ce sera tant mieux si la famille centriste pouvait se mettre d’accord sur des listes communes pour les législatives et sur un candidat unique pour les présidentielles avec un programme commun efficient ! Sans prétention, nous estimons que notre parti Almachrou3 est représentatif d’une large partie de la société tunisienne, loin des calculs, de l’opacité dans les choix, et de l’absence de programme clair ! Nous, au Machrou3, avons banni l’ambition personnelle pour les présidentielles, afin d’instaurer cette nouvelle culture de l’intérêt de la patrie avant celui du parti, nous sommes pour la voie de l’union autour d’un programme politique, économique et social. Nous devons remercier Monsieur Rached GHANNOUCHI qui a choqué tout le monde en s’arrogeant le droit de désigner qui peut se présenter aux présidentielles, et qui ne le peut pas ! Cette attitude a réveillé l’ensemble de la classe politique et nous a placés à nouveau dans la configuration de 2012, situation qui a abouti à l’émergence de NIDA et aux résultats de 2014 que chacun connaît !

  • Comment faire pour concilier et réunir les deux Tunisie qui s’affrontent comme des chiens de faïence ?

Aucun avenir pour la Tunisie dans la rupture entre une Tunisie conservatrice, islamiste, et une Tunisie moderniste et civile ! Il faut crever tous les abcès en public et faire appel à la société civile et à certaines personnalités influentes, pour organiser des débats avec la franchise nécessaire afin de tracer la voie du vivre ensemble dans le respect de la liberté individuelle et l’ouverture sur le monde ! Il aurait fallu que le Président de la République prenne cette initiative historique comme le fit Feu Nelson MANDELA. C’est tout le contraire hélas qui se passa : une entente entre deux chefs de partis sur une cohabitation fondée sur le partage du pouvoir, des intérêts et du positionnement ! Tout le monde connaît les résultats, plus de discorde, plus de menaces et plus de reculs dans nos réalisations économiques et sociales ! Il n’y a point de salut sans un dialogue franc, une réconciliation entre tous les tunisiens. Il faut laisser parler la démocratie. Il ya de la place pour tous mais sur un projet commun d’avenir pour emmener la Tunisie vers la rive de la paix et de la prospérité, sans interférence étrangère, et dans le cadre de l’égalité devant la loi, du respect de la constitution et de la liberté !

Une question subsidiaire : qu’est-ce qui fait que les dossiers successifs de corruption que vous avez dénoncés n’ont jamais été traités efficacement ?

Malheureusement les procédures sont compliquées, la volonté politique n’est toujours pas présente, et il existe des centres de pouvoir populistes qui empêchent les dossiers d’aboutir à leurs fins, d’où la nécessité de juger les responsables coupables !

 

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