jeudi 18 octobre 2018
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Les médicaments dans nos hôpitaux : le vol organisé !

Les dépenses en médicaments constituent la plus grosse part du budget de nos hôpitaux. Ces dépenses varient entre 6 et 18 milliards par an selon le CHU.

Le circuit du médicament est un processus complexe intégrant principalement 3 étapes: la prescription par le médecin, la dispensation par le pharmacien et l’administration par l’infirmier.

Chacune de ces étapes est une source potentielle de fuite de médicaments. On tentera d’expliquer les défaillances qui touchent chacune de ces étapes en mettant l’accent sur la chaine des responsabilités.

Nous rappelons d’abord qu’un médicament peut être délivré par la pharmacie externe de la structure sanitaire pour les  patients consultants ou délivré par la pharmacie interne pour les patients hospitalisés. En terme de coût, les médicaments dispensés en interne représentent la plus grosse part du marché et par conséquent de la fuite.

La fuite des médicaments proviendrait elle de la pharmacie externe ?

Oui, mais  elle n’est pas la plus nuisible au budget. Elle serait la conséquence d’une certaine complaisance historique entre soignants et soignés et certains mal intentionnés en profiteraient aussi pour bien garnir leurs armoires à pharmacie ou pour faire profiter les proches.

La fuite des médicaments proviendrait-elle d’un vol à l’étalage au niveau du stock de la pharmacie ?

En faisant les inventaires dans les pharmacies des hôpitaux, on pourrait constater des écarts de stock : erreur humaine ou faute intentionnelle ? Ces événements ont déjà été décrits et il y a même eu des procès impliquant du personnel de la pharmacie hospitalière. Tant que l’accès au stock n’est pas sécurisé avec l’absence de caméras de surveillance dans les lieux de stockage, on ne pourra jamais délimiter les responsabilités : personnel pharmaceutique, personnel de l’hôpital ou peut être même des visiteurs…

La fuite des médicaments proviendrait-elle du circuit interne du médicament ?

La plus grande source de fuite des médicaments serait celle qui se fait au lit du malade ou au nom du malade hospitalisé.

A titre d’exemple, un audit interne a été réalisé dans un CHU tunisien et avait montré que 40% des médicaments dispensés par la pharmacie interne de l’hôpital suite à une prescription médicale nominative n’étaient pas destinés aux patients. Ces 40% représentaient 2 milliards par an.

Comment peut-on expliquer un chiffre aussi important dans ce circuit ?

Parmi les explications, on peut citer :

  1. Des commandes qui continueraient à être faites aux noms de patients déjà sortis depuis plusieurs jours, voire même des mois car le système informatique d’enregistrement de sortie des malades ne serait pas à jour.
  2. Des médicaments qui seraient rajoutés sur des ordonnances de malades encore hospitalisés

La prescription était censée être vérifiée par le médecin ayant apposé son cachet et sa signature sur toutes ces ordonnances…

Pourquoi cette étape est défaillante ?

Dans certains cas, ce n’est pas le médecin lui même qui mettrait son cachet mais il chargerait un personnel de le faire dans le but d’alléger la responsabilité administrative. Malheureusement, dans un des hôpitaux, certains auraient plusieurs  cachets chez le personnel.

A part le problème des cachets, des bons de commandes signés à blanc seraient à disposition de l’équipe de garde pour éviter le déplacement du senior de garde l’après-midi ou le soir.

La fuite des médicaments proviendrait-elle de l’étape d’acheminement des médicaments vers les services ?

Tout le monde se laisserait tenter par des chariots surchargés en médicaments que personne ne contrôlerait à l’arrivée au service.

L’agent chargé du transport serait souvent sollicité pendant son trajet, lui donnant un très grand pouvoir à l’hôpital.

La fuite des médicaments proviendrait-elle du service clinique ?

Souvent, les médicaments d’urgence sont dans une armoire accessible et le traitement du malade est sur sa table de nuit d’où il pourrait disparaître parfois ! Encore pire, on pourrait même solliciter le patient en lui proposant de lui acheter son médicament soit disant indisponible à la pharmacie alors que ce même médicament qu’il payerait à l’agent aurait été dispensé par la pharmacie de l’hôpital à son nom, gratuitement bien sûr, à titre d’exemple : paracétamol injectable ou anticoagulant.

Qui est responsable de tout ce circuit, à multiples intervenants?

Le pharmacien pourrait-il jouer un rôle dans la sécurisation du circuit du médicament après sa dispensation ?

Certains pharmaciens ont essayé d’instaurer des visites de supervision dans les services et ont eu droit à toute sorte de résistance allant jusqu’à des insultes de la part de certains chefs de service médecins ! Dans un de nos hôpitaux, un chef a même qualifié des visites de supervision des stocks par une équipe pharmaceutique d’actes barbares et un vol en bande organisée parce qu’ils ont récupéré un stock caché.

L’administration aurait-elle un rôle à jouer ?

Le rôle de l’administration est de faire appliquer la loi en dehors de toute pression et de complaisance. L’impunité ne fera qu’accentuer ce fléau.

La solution existe-t-elle ?

Il faudrait une vraie volonté pour combattre cette fuite de médicaments grâce à l’informatisation de la prescription, le contrôle interne réglementé, la transparence du circuit, la sécurisation des stocks et de l’acheminement des médicaments vers les services mais tout ceci ne peut pas réussir sans une discipline et une responsabilisation de chacun des acteurs y compris les directeurs, les médecins, les pharmaciens, les infirmiers, chacun devrait assumer son rôle et sa part de responsabilité dans le circuit du médicament.

Fourmiz : mouvement citoyen Tunisien, initié par des professionnels de la santé, ayant décidé de dénoncer la corruption dans le secteur de la santé. Convaincus qu’ensemble et avec l’aide de tous les patriotes, nous pouvons réussir à casser les tabous sur les maux de la santé. Notre symbole est la fourmi car elle incarne la persévérance.

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