jeudi 18 octobre 2018
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Misère et Pharaonisme

Par Zouhair BEN JEMAA

Il est bien loin le temps où l’infirmier tirait une dimension humaine de son métier. Il est bien loin le temps où la profession d’infirmier était un métier de cœur et d’action, le temps où l’infirmier soignait, réconfortait et protégeait ! Le tunisien de l’ère de la démocratie, possède assez d’ambition pour vivre en pharaon, mais ne daigne pas s’humilier pour fournir des efforts et mouiller sa chemise ! Comment pouvait-il en être autrement ? Notre système éducatif est en faillite sans que personne ne s’émeuve, la formation professionnelle est à des années lumières des besoins réels de l’entreprise et de l’époque qui est la nôtre. C’est pourquoi il est erroné de parler de chômage, alors qu’il est plutôt question de carence de formation. L’enseignement paramédical privé connaît  ses limites. On paie pour obtenir un diplôme et la logique veut que la contrepartie du prix payé soit ce diplôme qui ouvre la voie à l’embauche. Les stages pratiques sont peu ou pas valorisés, et leur encadrement est plutôt médiocre quand il n’est pas fictif. Dans le bon vieux temps, on s’inscrivait pour obtenir un diplôme d’Etat, les examinateurs étaient les mêmes pour tout le monde. Ce qui fausse toutes les analyses, c’est la demande intérieure et extérieure en personnel paramédical qui croît sans arrêt.

Les cliniques privées qui pullulent comme des champignons sans suivre l’évolution de la demande, les cahiers des charges draconiens pour l’autorisation d’ouverture des cliniques nous livrent des situations aberrantes avec un effectif de personnel souvent supérieur à celui des patients. Nous avons un bon nombre d’infirmières salariées de la santé publique qui travaillent en même temps dans des cliniques privées. Ainsi la vache à lait paie des salaires et garantit des statuts, et l’effort est fourni pour une entreprise privée. Nous voilà dans un monde qui est tout sauf professionnel ! Le service hôtelier est détestable, pourtant on ne demande pas aux cuistots des cliniques de préparer des filets flambés et des sauces béarnaises, mais tout simplement un bon potage de légumes et de préférence servi chaud ! Le suivi médical qui souffre d’un manque de discipline par moment déconcertant ! La trésorerie des cliniques les met sous une pression permanente qui les pousse à des pratiques à la limite de l’éthique.

Le drame de notre médecine, c’est que le secteur privé qui regorge de sommités dans toutes les spécialités, souffre de la carence du personnel paramédical et de la mauvaise qualité du service hôtelier. La santé publique qui voit ses compétences fuir vers l’étranger, se bat comme une diablesse avec la poignée d’inconditionnels qui lui restent fidèles, mais jusqu’à quand ? Certains ministres ne se sont pas gênés pour enfoncer un peu plus le secteur public dans la mauvaise gouvernance et la corruption ! Les beaux exploits de nos éminents médecins n’ont plus de place dans nos médias, et les erreurs médicales sont gonflées par les ventilos des journaleux en course après le buzz. C’est l’histoire de ce journaliste à qui on a fait avaler qu’une forte toux peut provoquer le rejet d’un rein. C’est l’histoire d’un caissier qui exige un chèque de mille dinars à l’admission, et qui le lendemain matin présente une facture de trois cents dinars en demandant au patient de remplir une demande de remboursement car le chèque de caution a été encaissé. Ou alors l’histoire de l’infirmière qui commet la bêtise d’injecter directement un produit sensé être dilué dans la poche du sérum. Les arnaques constatées font très mal aux établissements sérieux, car il y en a fort heureusement, et mettent à mal l’image de la médecine tunisienne qui se veut exportatrice.

Je n’oublierai jamais la dernière phrase prononcée par Feu Slim CHAKER lors d’une réunion l’avant-veille de sa disparition tragique : « Il faut mettre tout le système de santé à plat, et s’inspirer du livre blanc du dialogue sociétal pour faire les réformes nécessaires » ! Oui cher Slim, tu avais raison, tout mettre à plat et procéder par étapes selon les exigences de la profession et de l’éthique médicale qui fout le camp en ces moments de désordre et de laisser aller ! La profession infirmière est l’une des bases de toutes les réformes visant à fournir des soins et des services de qualité. La formation des infirmiers, l’organisation et la gestion des soins infirmiers devront être mises à plat et reconduites sur des bases de bonnes pratiques ! A tous les patriotes et tous les bons citoyens : que le chemin de l’année 2018 soit jalonné de bonne santé, éclairé de vertus et inondé de bonheur et de prospérité !

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