mardi 24 novembre 2020
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MARADONA (Flashback 2)

Par Anis Basti

Même s’il est resté muet en finale contre la RFA, cela ne l’a pas empêché d’être décisif en délivrant la dernière passe qui a amené le but du sacre des pieds de Burruchaga, à un moment du match où les allemands reprenaient du poil de la bête après l’égalisation de Völler à 2-2. Toujours en ce même quart de finale contre l’Angleterre, match emblématique du Mondial mexicain, resté dans les annales de la coupe du monde, Maradona a fait voir de toutes les couleurs les coéquipiers de Gary Lineker. Tout d’abord, en débloquant le score à la 51ème minute, et de quelle manière ! Alors que le match ne livrait pas une nette domination ni d’un côté ni de l’autre, El Pibe de Oro jaillissait de nulle part pour marquer l’histoire d’un but plein de malice et de génie dont lui seul connaît les secrets. Baptisé par le protagoniste lui-même « La main de Dieu », ce but est entré définitivement dans la légende au grand dam des anglais dont l’amer souvenir restera certainement gravé à jamais dans leur mémoire. Tous les angles du ralenti n’ont pu à l’évidence statuer sur ce geste litigieux, ce qui pourrait, un tant soit peu, dédouaner l’arbitre tunisien, Ali Bennaceur. Même dans la tricherie, Maradona n’a pas d’égal.

L’apothéose fut incontestablement le deuxième but, quelques minutes seulement après le premier, quand Diego récupéra le ballon dans sa propre surface et effaça tour à tour Beardsley, Reid, Butcher et Fenwick avant d’éviter la sortie de Shilton et marquer ce que bon nombre d’observateurs qualifiaient de « But du siècle ».

Bourreau. Le 22 juin 1986 restera comme l’un des jours les plus sombres de l’histoire du football anglais.

Par cette prestation de haute volée, Maradona signa définitivement son entrée dans le panthéon des très grands. La demi- finale contre la Belgique fut un remake de son quart stratosphérique, voire mieux. En effet, son doublé d’anthologie contre les Diables Rouges n’était pas entaché, cette fois-ci, d’aucun soupçon de tricherie. Le Joker de la « main » que Dieu le lui avait exclusivement accordé au match précédent, est désormais épuisé. Maradona venait de s’en remettre à son génie balle au pied pour propulser, à lui seul, l’Argentine en finale.

Je peux désormais affirmer que j'appartiens à une génération bénie par les Dieux du football pour la simple et unique raison que nous avons vu El Pibe de Oro à l'œuvre et pris beaucoup de plaisir à contempler ses exploits et prouesses techniques comme aucun footballeur avant lui n'ait jamais réalisé. Maradona représente le football dans toute sa splendeur. Une technique qui défie les règles de la physique et dépasse l'entendement. À lui seul, il incarne la quintessence du jeu- spectacle. Un toucher de balle velouté, des fulgurances diaboliques dans les accélérations, des déhanchés à faire retourner ses victimes de défenseurs aux bancs de l'école. Sa morphologie et son gabarit, avec un centre de gravité assez bas, l'ont aidé à toujours prendre une longueur technique d'avance sur ses adversaires. Un corps parfaitement sculpté à la pratique du football faisant de lui un funambule du ballon rond. Ceux qui ont eu le privilège de vivre en direct ses exploits, ont pu se rendre compte de son incommensurable talent à enchanter la balle et à lui tracer des trajectoires complètement surréalistes. C'est un inventeur du geste juste.

Un créateur de mouvement qui prend toujours ses adversaires au dépourvu, incapables d'anticiper ses actions. L'on est en droit de se demander s'il est une exception de la nature, dans la vivacité de son système nerveux, dans l'aplomb dont il fait preuve dans les duels. À lui seul, il a fait triompher toute une nation en coupe du monde et monter un club, Naples, au firmament du roi- calcio. L'impénitence de ses incartades valent l'immensité de son talent. Diego est unique comme un Dieu dans la constellation du ballon rond.

Grandeur et décadence. La multitude de ses frasques valent leur pesant de prodigiosité.

FIN.

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