mardi 16 juillet 2019
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Le divorce tunisien, à qui la faute

Par zouhair BEN JEMAA

On ne compte plus les erreurs stratégiques jamais sanctionnées de nos dirigeants qui se trouvent en décalage patent avec les citoyens ! Le dialogue entre les élites et le peuple s’est considérablement dégradé, notre structure sociale est rejetée par nos jeunes fragilisés psychologiquement. Nous sommes divisés à cause des aigris de service qui ont toujours œuvré à dresser des Tunisiens contre d’autres Tunisiens ! Il nous faut absolument faire de la politique autrement, il faut en finir avec les compromis qui ne tiennent pas, ou les demi mesures qui ne résolvent rien. Pourrons-nous voir enfin une grande réforme morale pour sortir notre Tunisie des ténèbres vers la lumière ? Les gouvernements successifs se sont souciés de couler la dalle du plafond de la stabilité sans édifier les murs porteurs qui doivent la supporter dans la durée ! Le prestige de l’Etat et la stricte application de la loi exigent au préalable, le coulage de quatre piliers indispensables pour permettre à nos politiques de préserver tout ce qui constitue l’âme de notre nation !

Venir à bout de l’insécurité et du terrorisme est la première mission sacrée pour garantir la stabilité et créer un climat favorable à l’investissement et à la croissance. Il n’y a pas de place aux donneurs de leçons et aux génies de la morale qui voudront mettre des gants pour s’assurer du respect des droits de l’homme ; l’heure est grave, on ne peut pas reconnaître des droits à ceux qui ne reconnaissent pas la république et les lois de la république, ni aux incendiaires qui viennent jeter de l’huile sur le feu des passions religieuses, en divisant les Tunisiens entre bons musulmans et mauvais musulmans. La religion est une affaire strictement intime entre l’individu et son créateur. Il ne faudra surtout pas se gêner pour kärchériser cette racaille qui empoisonne notre quotidien et sabote notre développement ! S’il y a une catégorie de fonctionnaires qui doit avoir des privilèges, des moyens humains et matériels illimités, ce sont bien nos soldats et nos policiers, eux au moins, ils n’ont pas le temps de fainéanter et leurs vies est sans cesse en danger !

Le second pilier qui nécessite un renforcement urgent est celui de l’injustice fiscale qui est moralement honteuse et politiquement désastreuse. N’est-il pas temps de restaurer l’équité de l’impôt et son efficacité économique ? Les Tunisiens sont divisés entre assujettis à l’impôt direct qui s’appauvrissent chaque jour un peu plus, et les rois de la magouille qui accumulent les acquisitions et les biens de tout genre sans jamais passer à la caisse de la recette de leur localité. Lever le secret bancaire, exiger la justification de l’origine des biens acquis, voici deux pistes efficaces et indispensables pour renflouer les caisses de l’Etat et nous éloigner des zones dangereuses de l’endettement ! Tolérance zéro devrait être le maître mot du nouveau gouvernement !

La TROIKA avait fait vibrer la corde de l’émotion pour ouvrir très grandes les vannes de l’embauche publique, les gouvernements qui l’ont succédé ont brillé par leur inconscience en lâchant du leste à celui qui a le plus gueulé pour atteindre des aberrations en terme d’équité salariale : un instituteur est payé à l’heure travaillée plus qu’un médecin ! Le monde du travail est ainsi divisé entre l’aile réaliste qui donne la priorité au progrès économique, et l’aile populiste qui penche vers le social d’abord, même si cela semble irréaliste et précaire ! Sur cette lancée, la Tunisie se retrouve à la traine derrière la Somalie, c’est dire… Il y a dans l’engagement d’une minorité, beaucoup de sacrifices, mais les résultats sont décevants et déprimants. La culture du travail et la notion de productivité doivent assurer le troisième pilier de la bâtisse !

Notre gouvernance est en mode « bouche trous », pour passer le cap présent sans objectif précis ! Avec de tels bricolages, on ne renforcera pas la confiance citoyenne. La démocratie dans notre système sensé être parlementaire, s’est résumée à un chèque en blanc remis à deux hommes pour une durée de cinq ans, tout le reste n’est que formalités. Cette falsification de la représentativité du peuple plombera le pays pour un bail, à moins que l’on revienne à un régime présidentiel classique. Pour venir à bout de la gangrène de la corruption et de la malversation, il est plus qu’urgent de passer des paroles aux actes, et des déclarations d’intention aux réformes assumées ! L’ascenseur social est encore et toujours bloqué au sous sol, la décentralisation et les élections régionales sont, en totale contradiction avec l’esprit de la constitution, mises en berne par des calculs bassement politiciens. On attend des réformes courageuses, de l’audace et de la volonté mais en concertation avec la société civile, même si cette dernière brillait par son manque d’activisme et de leadership. Voici le pilier qui pourrait compléter les quatre préalables pour réconcilier les Tunisiens entre eux et garantir une stabilité et une croissance dignes des générations futures, ces générations qui n’ont jamais été autant menacées de toute l’histoire de la Tunisie, parenthèse de la colonisation incluse ! A bon entendeur, salut !

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